L'original :
*Les vers à soie murmurent dans le mûrier
ils ne mangent pas ces mûres blanches et molles
pleines d'un sucre qui ne fait pas d'alcool
les vers à soie qui sont patients et douillets
mastiquent les feuilles avec un bruit mouillé
ça les endort mais autour de leurs épaules
ils tissent un cocon rond aux deux pôles
à fil de bave, puis dorment rassurés
En le dévidant on tire un fil de soie
dont on fait pour une belle dame une robe
belle également qu'elle porte avec allure
Quand la dame meurt on enterre la soie
avec elle et on plante, sur sa tombe en octobre,
un mûrier où sans fin les vers à soie murmurent.
*
Jacques Roubaud, donc
Le recréé :
*
L'entente des vers (scénette en e)
*
L'ensemble des vers répète en élevés ceps…
Les vers exècrent les recettes empestées
de crème, berk! - ne les espérez fermentées.
Les vers, tendresse et flegme, se pressent en reps
*
et - c'est frèze! - sève, et vert, et nerfs, relèchent.
Les vers empesés désertent : près des têtes,
en extrêmes sphères, le grès se sécrète.
Enfermés, les vers rêvent, bêtes, de crèche…
*
De ces dermes désemmêlés serge est l'effet :
de très belles Hélène les désempêtrent,
et de ces grèges échevelés se vêtent.
*
L'Hélène est éphémère et s'enterre en effets,
et près de septembre est levé, près des tertres,
le cep, et l'ensemble, derechef, répète…
*
Peter de B
*
A toutes fins utiles :
Frèze : période suivant chaque mue du ver à soie et qui se caractérise par un redoublement d'appétit.
Grège : se dit du fil obtenu par le dévidage de plusieurs cocons. Il est formé de l'assemblage de fils solidarisés par le grès.
Grès : substance, entourant les deux brins accolés, sécrétée par le ver à soie.
Reps : tissu d'ameublement d'armure toile, à côtes perpendiculaires aux lisières, qui se fait en soie (ou rayonne) et laine, laine et coton ou en coton.
Serge : tissu d'armure [du lat. class. sericus ("de soie")]
*